
En bonne parisienne qui se respecte, je me retrouve, comme tous les parents, sauf ceux qui sont suffisamment blindés pour avoir un jardin privatif à Paris, donc peu, au final, à me coltiner le square le week-end. Par ce que le Monstre l'Enfant a besoin de grand air et de se dépenser. Pour la survie de ses parents et aussi, pour la sienne. Car, un Monstre Enfant qu'on ne sort pas à tendance à pourrir votre ouïe, votre parquet, votre moquette, vos murs, etc... Donc, on se cogne le square plutôt que l'enfant. Le square, pour les nullipares qui donc ont l'énorme chance d'ignorer ce que c'est, est un espace clos, mais pas assez pour éviter les tentatives d'évasions des trucs galopants, avec des « jeux » qui sont tous plus dangereux les uns que les autres (j'y reviendrai plus tard), d'autres enfants (et ça, c'est vraiment la plaie) mais le pire étant qu'il y a ..... d'autres parents.
Les autres parents sont un véritable piège. La plupart ont l'air normal, comme moi quoi, qui regarde mon Monstre Enfant se croûter régulièrement en lui disant un sourcil en l'air : « et ben, tu tomberas pas plus bas ». Sauf que, peu le sont (aussi normaux, donc). Il faut ainsi faire preuve d'une grande prudence lorsqu'une conversation s'engage avec ces gens autour du bac à sable (c'est tellement convivial un bac à sable...). J'ai eu droit, par exemple, à celle qui avait lu tous les livres sur l'Enfant, et, qui me prodigua ainsi des conseils tous plus saoûlants les uns que les autres, sortant parfois son petit calepin de sa poche pour relire les notes concernant « le comportement adapté à avoir avec son enfant dans un espace public ouvert », ratant de ce fait (et tant mieux pour moi, elle m'aurait conseillé d'aller voir un pédo-psychiatre pour mieux gérer la violence de Junior (et moi, j'aime pas tout ce qui commence par pédo)) la séquence où mon doux bébé collait sa pelleteuse en métal dans la tronche du sien... Eu aussi, le père flippé (ils sont très très nombreux de cette espèce, au square). Le genre de type qui ne s'éloigne pas de 5 cm de sa progéniture et, que j'ai vu arracher des mains de la mienne de progéniture un seau avec lequel il jouait trop près de son Trésor. Pas grand chose à faire dans ce cas, envie de lui mettre ma main dans la tronche, mais, il paraîtrait que c'est un mauvais exemple pour l'enfant.
La semaine dernière, j'ai eu à faire à la dingo-psycho. Elle était assise avec sa gamine d'un an dans la cabane des tout petits, lorsque Attila, mon fils, ma bataille, y pénétra. Elle commence donc à lui expliquer qu'elle prend certes de la place dans la cabane, mais, c'est pas ce que sa fille est trop petite pour tenir debout (on s'en branle, elle était assise sa créature). Attila, mon fils, ma bataille, après l'avoir regardée d'un oeil morne et vide, l'ignora superbement pour prendre place en face et massacrer joyeusement le gâteau de sable (oui, les enfants parisiens font des gâteaux de sable et pas des châteaux, c'est comme ça) que faisait un autre môme. Ayant dans mon sac à malice des jouets, j'en passe un à mon gamin et comme la petite fille semblait intéressée, dans de bonnes dispositions ce jour là, j'en prête un à Miss Jetiensmêmepasdeboutàunanwaouhlahonte. Sa mère me regarde alors et me dit quelque chose en mimant avec ses lèvres sans la voix. Je hoche donc la tête d'un air entendu, me demandant sur quel specimen j'ai encore bien pu tomber. Là, elle me redit à voix très basse « j'ai commandé les mêmes pour Noël ». Ah, c'était donc ça ce grand mystère, que sa fille, encore au stade de boufchidor, ne comprenne pas quel cadeau elle aura pour la Nowelle... Résultat, depuis, Attila, mon fils, ma bataille est pété de rire quand je fais semblant de parler sans le son.
J'ai aussi faillit en venir aux mains avec une connasse dont la môme foutait des baffes à Attila, mon fils, ma bataille, j'ai dû intervenir en lui disant de ne pas le taper. L'autre connasse donc me sort « elle a une mère cette enfant, et c'est moi », ce à quoi j'ai rétorqué qu'elle n'avais donc qu'à faire son boulot de mère. Il y a aussi, l'enfant sauvage avec père démissionnaire. Le môme est tricard de tous les squares du quartier, c'est un brute qui arrache les jouets des autres de leurs mains, leur balance du sable à la tronche, les pousse du haut du toboggan et j'en passe. Je le vois arriver avec son air décidé vers mon fils, ma bataille (qui n'était pas Attila ce jour là) en disant « je veux son jouet » (qu'il avait dans les mains). Je lui rétorque que s'il te plaît, c'est pas du luxe et qu'en plus, c'est niet, vu que Junior joue avec. Là, le truc de 3 ans, 92 cm, me regarde et me dit : « si tu me le donnes pas, je te tape ». Je lui réponds donc : « essaie pour voir ». Et, le petit merdeux lève le bras pour me taper. Je pense que la clef que je lui ai fait pour lui péter le bras a dû bien le calmer, puisqu'il s'est barré fissa emmerder d'autres mômes. Sauf que là, le père des autres mômes s'est fait gauler par le père de la Terreur en train de l'éjecter, et qu'une vague de violence s'est abattue sur le square.
Ça, c'était le volet parents/enfants des autres. Mais, il y a le volet, mon enfant tout seul. Et ça, c'est pas non plus une partie de plaisir. Donc, Attila, mon fils, ma bataille, mérite plus que largement ce surnom. Dans ses faits d'armes, il y a, en vrac : 3 évasions réussies (sur environ 487 tentatives) avec arrestation par des adultes passant sur le trottoir, une bicyclette en pleine face après une fuite sur la piste à vélos (bilan, un bout de dent pété et une grosse bosse), un menton ouvert, 3 points de sutures pour un toboggan tête la première, un « trempé des pieds à la tête » suite à une tentative d'évasion avortée dans le bassin d'un square, environ 37 bosses en haut à gauche du front (il doit porter à gauche, je présume), et, quand je dis bosse, je devrais dire oeuf de poule, des attentats à répétition sur des mômes plus petits, (il adore les pousser pour le faire tomber et moi j'adore me confondre en excuses devant les parents furax), d'autres types d'attentats avec des armes (divers jouets balancés dans la tronche des autres, le sable aussi lorsqu'il se Saddamise avec les armes chimiques). En fait, si je suis tout le temps pas loin de lui, c'est pas tant que j'ai peur pour lui, mais plutôt pour les autres...
Je passe sur le sujet des moultes maladies exotiques choppées quotidiennement dans ce lieu idyllique, par le truchement de toutes les morves en présence et également, par l'ingestion de poignées entières de sable avec lequel mon fils, très hygiéniste, se fait régulièrement un peeling du côlon. Et dans ce merveilleux endroit qu'est le square, une maman ne doit pas avoir envie de faire pipi. Et oui. Les chiottes publiques sont toujours fermées, hors service, donc, on doit tenir parfois 3h00 sans aller satisfaire un besoin naturel, ce qui nécessite toute une organisation avant de partir : pas d'eau ni de café dans les 2h00 qui précèdent le départ du douillet home sweet home. Pour parfaire le tableau, l'hiver, on revient avec des orteils nécrosés à force de se geler à rien foutre et l'été, avec une insolation, par ce qu'idem, on reste à faire le piquet en plein soleil (sans rien boire, voir passage « le pipi au square » ci-dessus...)
En résumé, si vous décidez de faire des gosses, dans un environnement citadin, (les provinciaux ou banlieusards avec leurs jardins ne sont pas concernés) (et que donc, vous n'avez pas encore été trop cons pour déjà en faire), faut plein de thunes, pour payer une esclave nounou qui sera ravie d'y aller à votre place, des tonnes de patience et/ou un médecin compréhensif qui vous prescrira du Valium à usage familial ou pourquoi pas, à filer en douce aux Monstres des autres.






